La salamandre, poêle en fonte, mobile, à combustion lente, fabriquée entre 1883 et 1953, à 700.000 à 800.000 exemplaires est un succès technique, commercial et artistique. C’est un appareil révolutionnaire car il peut être déplacé d’une pièce à l’autre sans être éteint.
Sa notoriété est telle que le mot salamandre fait déjà partie des noms communs du dictionnaire Petit LAROUSSE illustré de 1913 marque de fabrique particulière d’un poêle mobile à combustion lente et continue de l’être en 1961:
Dans le Petit LAROUSSE 2005, ce sens a disparu. Par contre, dans les autres dictionnaires, la signification de la salamandre comme poêle, continue :
Présentation de la salamandre Chaboche en 1924.
Une des créations les plus originales et les plus intéressantes qui ait été faite par l’industrie française à la fin du siècle dernier est l’appareil de chauffage bien connu sous le nom de la Salamandre.
La Salamandre a été inventée par l’ingénieur CHABOCHE en 1883.
Cet appareil se différenciait de tout ce qui avait été fabriqué jusqu’à cette date, autant par sa forme que par son principe.
Conçue pour être placé devant les cheminées d’appartement, la Salamandre était constituée essentiellement par deux pièces principales : une façade et un derrière en fonte fixés l’une à l’autre par des vis, un joint de mastic empêchant toute fuite de gaz. La forme plate qui en résultait lui donnait une apparence toute différente des poêles ronds ou rectangulaires, si disgracieux, les seuls qui fussent connus jusqu’alors. En outre, La Salamandrel, dessinée par Joseph CHÉRET, un artiste de haute valeur et finement ciselée, était remarquablement décorative, d’autant plus que le moulage de la fonte avait fait l’objet des plus grands soins.
De plus, le principe de la Salamandre était entièrement nouveau : grâce à une double enveloppe en fonte composée de deux pièces appelées carneaux, la circulation des gaz pouvait se faire tout autour de l’appareil, de l’avant à l’arrière, et les gaz abandonnaient ainsi une grande partie de leurs calories, avant de s’échapper dans la cheminée. L’appareil contenait une réserve importante de charbon permettant de n’effectuer les recharges que toutes les vingt quatre heures avec de l’anthracite, cette réserve étant placée en dehors de la zone de combustion, de façon à empêcher toute production d’oxyde de carbone.
Le constructeur prévoyait même une entrée d’air additionnelle sur le devant des grilles pour le cas où l’appareil étant en marche vive et par suite la zone de combustion s’étant agrandie, une petite quantité d’oxyde de carbone se serait produite. Cet oxyde de carbone venait alors brûler à l’avant du foyer, comme en témoignent les jolies flammèches bleues qu’on aperçoit parfois derrière les micas. L’excellence de ce principe de combustion était d’ailleurs reconnue par l’Académie de médecine, qui consacrait ainsi la valeur hygiénique de l’invention.
Autre nouveauté : la visibilité du feu. Grâce à une grande porte en fonte, percée d’ouvertures garnies de micas, on avait le plaisir de voir le feu, ce qu’aucun poêle n’avait réalisé jusqu’alors. Cet emploi du mica était tellement nouveau que l’inventeur avait eu d’abord l’idée d’appeler son appareil la cheminée Mica ; il y renonçait bientôt pour choisir le nom si caractéristique de la Salamandre en même temps qu’il faisait ciseler sur ses modèles la reproduction de l’animal légendaire : la salamandre lançant des flammes.
Cette marque de fabrique est devenue si célèbre depuis que bien des gens se sont imaginés qu’il s’agissait d’un nom commun, désignant l’ensemble des cheminées à feu continu et cette croyance était soutenue d’ailleurs par certains commerçants peu scrupuleux.
La vogue de la Salamandre fut considérable. Désignée par son constructeur comme étant une cheminée roulante à feu visible et continu, la Salamandre fit vite son tour de France et même son tour du monde. Et bien des voyageurs seraient étonnés de retrouver dans la maison chinoise, par exemple, le même modèle de Salamandre qui les chauffait si bien à Paris.
Deux originalités de cette industrie très spéciale sont :
L’application de l’art du meuble à l’industrie du chauffage.
Cette application a continué à être développée avec le temps : en effet, M. E. CHABOCHE, après avoir lancé deux premiers modèles, l’un en forme d’éventail, l’autre de forme rectangulaire, créait, en collaboration avec des artistes de talent, d’autres modèles de style Louis XIV, (ci-contre), Louis XV, Louis XVI, moderne, anglais, etc., mettant en pratique cette heureuse formule un modèle pour chaque style qui est une des caractéristiques de la production de la Maison Chaboche.
Des motifs décoratifs du plus joli effet : appliques en cuivre nickelé, entourages de faïences polychromes, ainsi que la création d’émaux majoliques de couleurs variées, a permis de réaliser un choix extraordinaire d’appareils, tout en conservant deux principes très importants : interchangeabilité des pièces, fabrication en grande série.
La dernière nouveauté de cette maison : la Salamandre à bois, a provoqué un vif mouvement de curiosité par l’originalité de sa conception et est appelée au plus grand succès. Cet appareil, construit sur les mêmes données que les précédents, a été créé spécialement pour brûler des bûches de 28 à 33 centimètres de longueur, tout en réalisant un chauffage continu et en ne nécessitant que deux ou trois chargements par vingt-quatre heures.
Il est interessant d’insister un peu sur cette industrie essentiellement française parce qu’elle est à la fois un exemple typique d’application de l’art à l’industrie et de mise en pratique de principes scientifiques très sûrs, au point que chaque Salamandre peut être considérée comme un véritable appareil de laboratoire.
Mais ce qui caractérise en même temps cette industrie, par un contraste des plus frappants, c’est qu’elle est un des rares exemples existant en France depuis de longues années de deux principes soi-disant nouveaux, importés par les Américains en France.
Pour bien fabriquer tout en abaissant le prix de revient, ne faire dans une même usine qu’une seule fabrication.
Faire passer l’objet à fabriquer entre les mains d’équipes successives, chaque équipe ayant toujours le même travail à effectuer, de façon à réaliser la division du travail la plus absolue.
Les usines de MM. E. CHABOCHE et Cie sont situées à Paris et à Clichy avec deux fonderies dans les Ardennes : elles occupent en moyenne 500 employés et ouvriers.
Environ 550 000 appareils sont déjà sortis de ces usines, dont une bonne partie pour l’exportation, spécialement dans les pays suivants : Angleterre (la maison possède un magasin de vente et un atelier de réparations à Londres), en Belgique, Hollande, Luxembourg, Suisse, Autriche, Italie, Turquie, Pays balkaniques, Pologne, etc., en Algérie, Tunisie, Maroc, en Chine, Indochine, Japon, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, Uruguay, Paraguay, République argentine, Chili, etc. Comme on le voit, la Salamandre est connue à peu près dans le monde entier en même temps qu’elle continue à jouir de la plus grande faveur en France, parmi les ménages les plus simples comme chez les plus riches : elle est achetée aujourd’hui par les petits bourgeois, les employés et même les ouvriers, et on l’appelle le « chauffage central du pauvre », mais elle trouve aussi sa place dans les maisons les plus luxueuses, grâce à son cachet artistique qui en fait un véritable meuble, et quand il y a le chauffage central à l’eau chaude ou à vapeur, elle lui vient en aide, car il est souvent insuffisant et parfois arrêté soit au début et à la fin de chaque hiver, soit par suite d’accidents.
Tags: chauffage, cheminée, Clichy, invention, Paris, poêle, Salamandre
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